Prochaine Création : Echos du Gueuloir « Le petit théâtre de Gustave »

Bientôt nous célébrerons le bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert. 
Après notre précédent travail sur une de ses œuvres –La Légende de Saint Julien l’Hospitalier-nous avions envie de nous associer à cet évènement.
Pour autant, comment déjouer le piège des commémorations qui consistent bien souvent à dresser un beau monument de marbre froid tenant à distance la vitalité des textes.
Face à cette imposante tâche, au dédale de l’œuvre monstre, il nous fallait un appui pour nous élancer.                                                                                                             L’étincelle a été cette phrase écrite pas Pierre Michon dans Trois Auteurs : « Si la culture à un sens, elle est ce salut fraternel aux mânes des grands morts. »
Puisqu’il nous semble qu’en tant que compagnie de théâtre, nous faisons œuvre de culture, notre spectacle essayera donc d’être ce salut fraternel adressé à ce que nous a donné Gustave Flaubert : son œuvre et sa correspondance.

Sa correspondance, d’abord,  où l’on assiste au spectacle de l’écrivain se donnant entièrement à son œuvre. Dans ce combat dantesque pour arracher quelques phrases aux pages raturées apparait la grâce volée aux labeurs routiniers, à l’enfermement et la possibilité pour un homme d’embrasser l’immensité du monde depuis sa petite propriété normande. Il y a donc l’homme, Flaubert et son temps, son regard aigu sur son siècle, sa haine des petitesses bourgeoises et de la bêtise triomphante.
Impossible pour nous d’évoquer Flaubert sans avoir recours aux correspondances tant celles-ci semblent faire jeu égal en termes de beauté et de vigueur avec le reste de ses écrits.

L’œuvre ensuite monumentale, complexe, multiple, où toute l’immensité du monde et des expériences humaines se retrouvent coulées dans une prose impeccable. Où l’on côtoie toutes ces figures qui hantent encore notre présent : la soif d’absolu de la Bovary engluée dans son froid quotidien, le grotesque de Bouvard et Pécuchet, qui à force d’être ridicule touchent le sublime, les désirs obscurs et les élancements mystiques de Salammbô…

Nous souhaitons créer un spectacle dont le principe serait de mettre en relation des fragments de l’œuvre et des fragments des correspondances, afin qu’un jeu de miroir s’installe, que les reflets de l’auteur puissent nourrir les fragments de l’œuvre et vice versa. 
Un objectif gouverne cette démarche : mettre à jour la jubilation que provoque le contact avec la prose de Flaubert, avec d’un côté, la langue sensuelle, lyrique et chirurgicale des œuvres, et de l’autre, l’adresse directe, spontanée et pleine vitalité , contenue dans les correspondances .

   « C’est une délicieuse chose que d’écrire, que de ne plus être soi, mais de circuler dans toute la création dont on parle. Aujourd’hui par exemple, homme et femme tout ensemble, amant et maîtresse à la fois, je me suis promené à cheval dans une forêt, par un après-midi d’automne, sous des feuilles jaunes, et j’étais les chevaux, les feuilles, le vent, les paroles qu’ils se disaient et le soleil rouge qui faisait s’entrefermer leurs paupières noyées d’amour.
Est-ce orgueil ou piété, est-ce le débordement niais d’une satisfaction de soi-même exagérée ? ou bien un vague et noble instinct de religion ? Mais quand je rumine, après les avoir subies, ces jouissances-là, je serais tenté de faire une prière de remerciement au bon Dieu, si je savais qu’il pût m’entendre. Qu’il soit donc béni pour ne pas m’avoir fait naître marchand de coton, vaudevilliste, homme d’esprit, etc. ! Chantons Apollon comme aux premiers jours, aspirons à pleins poumons le grand air froid du Parnasse, frappons sur nos guitares et nos cymbales, et tournons comme des derviches dans l’éternel brouhaha des Formes et des Idées »
Mise en scène : Rachel Da silva

Accompagnement artistique: Hélène Gratet

Jeu: Rachel Da silva, distribution en cours

Musique: Laurent Buisson

Administration/ Production : &Cie(S)