« Disparais un instant, fais place au paysage,
Le jardin sera beau comme avant le déluge,
Sans hommes, le cactus redevient végétal,
Et tu n’as rien à voir aux racines qui cherchent
Ce qui t’échappera, même les yeux fermés.
Laisse l’herbe pousser en dehors de ton songe
Et puis tu reviendras voir ce qui s’est passé »

                          Jules Supervielle- Les amis inconnus

Maintenant que tout est donné à voir, que le langage se rabougrit sur la communication, il y a cette urgence de travailler avec des espaces vides, perdus, et parce que vides et perdus, des espaces où toutes les circulations redeviennent possibles, celles de la parole, du souffle, des corps, des espaces à emplir de nos imaginaires.

Tenter un théâtre qui dit.
Œuvrer tant que possible à la rencontre d’une langue, de l’univers d’un poète, à celles, autour d’un même désir d’exploration, d’artistes provenant de disciplines variées.

Ne plus redouter les procès en lyrisme ! « Dieu écrit droit avec des lignes courbes » dit Claudel.

Investir toutes sortes d’espaces, porter les textes en des endroits encore jamais visités, ou oubliés; pouvoir donner nos spectacles dans des salles, dans les campagnes, les forêts, les chapelles, les chemins, sous les arbres.
Penser des formes légères, simples avec la simple force des textes, avec nos corps, nos instruments; et le public que nous avons si souvent rencontré bien plus curieux, bien plus audacieux, bien plus affamé qu’on ne l’imagine.