Flaubert : Lecture de correspondances

Il voulait s’effacer, disparaître de son œuvre.

Eh bien voilà, c’est raté. Tout ça parce que dans son dos et à l’insu de son plein gré une passagère clandestine, sa correspondance, est venue s’insinuer dans l’œuvre majuscule.

Va-t’en maintenant la débarquer !

À côté d’Emma, de Julien et de Félicité, sans entamer en rien l’éblouissement, elle nous livre un homme de chair de sang d’âme et d’esprit, un lutteur, un acharné, un amoureux, un amant, un fils, un ami, colérique, érudit, passionné, passionnant ; et si drôle.

Et nous voilà au fil des lettres doté d’un précieux compagnon. Ours si finement léché, entomologiste de son temps qui saura mieux que lui nous armer de patience, de lucidité, de fidélité et d’humour pour affronter le nôtre ?

Extraits :

« Les gens légers, bornés, les esprits présomptueux et enthousiastes veulent en toute chose une conclusion ; ils cherchent le but de la vie et la dimension de l’infini. Ils prennent dans leur pauvre petite main une poignée de sable et ils disent à l’Océan : « Je vais compter les grains de tes rivages. » Mais comme les grains leur coulent entre les doigts et que le calcul est long, ils trépignent et ils pleurent. Savez-vous ce qu’il faut faire sur la grève ? Il faut s’agenouiller ou se promener. Promenez-vous. »  A Marie-Sophie Leroyer de Chantepie,18 mai 1857

« A partir de ce soir où tu m’a baisé sur le front je me suis juré à moi-même de ne jamais te mentir. C’est le procédé le plus rude, le plus brutal, peut-être le moins tendre, diras-tu ? Mais je crois que ce serait te mépriser qu’agir autrement, et t’avilir même. Tu n’es pas faite pour être servie par un amour faux et grimaçant. J’aimerais mieux te faire une balafre au visage qu’une grimace derrière le dos. » A Louise Colet, 26 août 1846

« Le siège de Carthage que je termine maintenant m’a achevé. Les machines de guerres me scient le dos ! Je sue du sang, je pisse de l’huile bouillante, je chie des catapultes et je rote des balles de frondeurs. Tel est mon état. » A Jules de Goncourt 27 septembre 1861

Lecture : 45 min

Comédienne: Rachel Da silva