Pas Revoir Valérie Rouzeau

« Toi mourant, Man au téléphone. Pernoctera pas. Voir Papa ! »
Son père vient de mourir : ça fait un grand trou dans le monde.
Avec son petit escabeau, ses mouchoirs, elle fait surgir, la chambre d’hôpital, le hangar, la cuisine, les champs fleuris de son enfance, l’atelier, la casse de son père ferrailleur.Les mouchoirs deviennent neige,fleurs du cimetière, jonquilles du printemps, graviers au bord des tombes…Des espaces vides aussi, suggérés, livrés à l’imaginaire du spectateur.
Elle parle à son père, elle se parle, elle parle aux spectateurs dans une langue au vocabulaire bousculé, une langue radeau, une langue scaphandre, mais qui conduit le deuil.

De la poésie…

Au départ il y a ma rencontre avec un texte. Pas revoir de Valérie Rouzeau.
Ce texte est étiqueté comme poétique, ce n’est donc pas du théâtre, ni même un récit.
C’est une voix. Celle d’une jeune femme qui parle à son père. Celui ci vient de mourir.
Elle cherche à dire, à se souvenir. Dans cette tentative elle invente une langue;
une langue qui se construit avec le trop plein de l’émotion et les balbutiements de la
mémoire, une langue instinctive, concrète et immédiate.
Nous sommes embarqués dans son quotidien; « le hangar, sa tôle ondule avec du vent,
en bottes c’est à mon père il y a ses traces de doigts sur les pinces coupantes et les nids d’hirondelles », « ma mère a ses collants filés, des tout neuf sourie t’elle, ça fait suer, la boulangère l’à remarqué, c’est une grosse dame au tablier farine qui s’attarde à des riens ». Une langue enfantine, brusque, maladroite, tellement attentive, concentrée
sur cette nécessité de dire, de raconter ,de se rappeler que ses mots ne résonnent pour
nous ni dans l’intelligible, ni dans le raisonnable; familièrement, ils nous rejoignent.

Au théâtre…

Il m’a semblé évident à la toute première lecture que ce texte, et par son
écriture d’abord, était extrêmement théâtral. La voix que l’on entend est celle d’un
monologue, avec une juste progression dramatique. La langue de la comédienne est
une langue du corps, de notre corps d’aujourd’hui, de tous nos corps d’hier, une langue
des sensations et des réminiscences. Elle pourrait faire partie de notre enfance, de
ses odeurs; nous parler de notre façon d’aimer pudiquement les êtres qui nous sont
chers. J’ai souhaité travailler avec ce texte pour le partager, et porter à la scène une des voix de la poésie contemporaine.
Mais au delà du désir de faire entendre cette parole qui proprement me bouleverse,
ce qui m’a attiré c’est la nécessité de travailler sur le plateau avec les forces même qui
étaient à la racine de cette écriture ; écriture au souffle si singulier qu’il demande au
comédien de le rejoindre dans sa source même, le vertige et le silence qui sont sa
source même.

Durée : 1h
Tout public à partir de 12 ans
Lecture théâtralisée